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Un premier projet : le chœur de
Saint-Jean-Baptiste

Regards croisés du prêtre et de l’architecte : Pourquoi commencer par le chœur ?

L’église est un lieu vivant, où se réunit la communauté des croyants pour prier et célébrer Celui qui est venu à la rencontre de notre humanité pour la sauver, Jésus Christ pleinement Dieu et pleinement homme. Toute l’action liturgique se passe dans le chœur. Il est le lieu central de l’église où tous les regards convergent et sont appelés à s’élever. C’est à partir du chœur, aussi appelé sanctuaire, que tout se construit. Tout ce qui agrémente le reste de l’église y conduit et y trouve sa source.

Le chœur est un lieu délimité, à minima, par un emmarchement qui lui donne un statut à part du reste de l’édifice. Celui-ci est le cœur battant de l’édifice, c’est autour de lui qu’est bâtie toute l’église comme bâtiment mais aussi l’Église comme corps mystique du Christ c’est-à-dire l’ensemble des croyants unis au Christ par le baptême et nourris par le Pain du Ciel (hostie consacrée).

L’emmarchement lui donne une élévation qui nous rappelle la symbolique biblique de la montagne qui est ce lieu de la rencontre avec Dieu. Et de fait, par la célébration de la sainte eucharistie (la messe) le Ciel vient à la rencontre de notre humanité sur l’autel au moment même où le prêtre prononce sur les espèces du pain et du vin les paroles de Jésus transformant leurs substances en son propre corps et son propre sang (c’est ce que l’on désigne par la transsubstantiation). Ce moment s’appelle la consécration.

Au sommet de cet emmarchement se trouve donc l’autel qui est le cœur du chœur de l’église. En général, il est situé sur la troisième marche. Le chiffre trois nous rappelle que Dieu est trois fois saint « Saint, Saint, Saint le Seigneur Dieu de l’univers », qu’il est Trinité d’Amour : Père, Fils et Saint Esprit. Du mot latin « altus » vient notre mot français « autel » qui veut dire « élevé ».

Dans le chœur, ou le sanctuaire, on trouve l’ambon duquel sont lues les lectures bibliques. Les acclamations qui les suivent ou qui les précèdent « Parole du Seigneur ! Nous rendons grâce à Dieu »… nous rappellent que c’est bien la Parole de Dieu qui y est proclamée. L’origine du mot ambon vient du grec et désigne « bosse » ou « petit sommet ». Il est notre petit Sinaï (la montagne où Moïse reçoit les tables de la Loi). De ce lieu, Dieu vient aussi à notre rencontre pour nous façonner un cœur nouveau.

Et enfin, nous trouvons aussi le siège de présidence qui constitue l’un des trois lieux essentiels du chœur. C’est de cette place, assis ou debout, que le prêtre commence et termine la messe, qu’il bénit l’encens et le diacre qui va lire l’Évangile, qu’il entonne le Gloria et le Credo. Il est du côté des fidèles pour en être le pasteur.

L’autel, l’ambon et le siège de présidence sont les éléments du chœur de l’église qui ouvrent ainsi le Ciel à la communauté rassemblée ou plus exactement conduit celle-ci au-delà d’elle-même, dans le cœur de Dieu là où sont rassemblés tous les saints.

Abbé Stéphane BOUTET
Curé de la paroisse Saint-Roch

 

S’intéresser au chœur de Saint-Jean-Baptiste à Châtellerault, c’est aussi s’intéresser à toutes les églises du monde. Une église n’est pas un bâtiment comme les autres, il répond à des critères architecturaux qui sont au service du rituel de la messe, de l’accueil des fidèles pour la prière. Saint Paul, dans la lettre aux Ephésiens au chapitre 3, donne les clés de compréhension, d’inspiration pour concevoir l’édification d’une église.

« C’est pourquoi je tombe à genoux devant le Père, de qui toute paternité au ciel et sur la terre tient son nom. Lui qui est si riche en gloire, qu’il vous donne la puissance de son Esprit, pour que se fortifie en vous l’homme intérieur. Que le Christ habite en vos cœurs par la foi ; restez enracinés dans l’amour, établis dans l’amour. Ainsi vous serez capables de comprendre avec tous les fidèles quelle est la largeur, la longueur, la hauteur, la profondeur… Vous connaîtrez ce qui dépasse toute connaissance : l’amour du Christ. Alors vous serez comblés jusqu’à entrer dans toute la plénitude de Dieu. »

Si l’on écoute bien les mots de saint Paul, l’amour du Christ dans sa dimension intérieure, donne aux bâtisseurs un guide concret pour offrir à celui qui entre dans une église : largeur, longueur, hauteur et profondeur. La circulation et la lumière sont donc absolument fondamentales dans une église… et c’est ici que le bât blesse dans notre église Saint-Jean-Baptiste !

En effet, ne soyons pas avares de critiques, le chœur de Saint- Jean-Baptiste est misérable : l’emmarchement dispose d’une moquette de grand magasin, véritable cache-misère d’un bois très fatigué qui risque de s’effondrer prochainement. Cette installation provisoire dure maintenant depuis plus de 50 ans…
Cet aménagement constitue un environnement indigne de la table d’autel, qui est de qualité ! Le rituel est ainsi empêché dans sa plénitude.
Il est donc absolument nécessaire de déplacer l’autel et modifier les marches avec des matériaux nobles à la hauteur du rituel. Dans cette veine, il faut revoir la place du tabernacle et le repositionnement des stalles.

Si l’on aborde la question de la lumière, chacun peut constater la catastrophe : l’éclairage est du même acabit que les marches : les spots clignotent et aveuglent le prêtre, les néons détruisent le relief et annulent toute possibilité spirituelle … Rénover le chœur de notre église est ainsi une double nécessité : matérielle et spirituelle, nous lui redonnerons sa cohérence.

Guy Quintrie-Lamothe
Architecte du Patrimoine

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